23. Gestion des ressources naturelles en partenariat avec les populations autochtones

1. Aperçu et caractéristiques de l’approche

Cette approche consiste à étudier l’utilisation par les populations locales de la faune et des ressources forestières, y compris les chasseurs-cueilleurs autochtones, et à élaborer et à mettre en œuvre un modèle de gestion durable des forêts tropicales.

Les interrelations de long terme entre les humains, la faune et la flore ont façonné l’environnement naturel local, tout comme les activités des populations locales dans la forêt ont contribué à la régénération d’une forêt diversifiée. Dans cette optique, une approche qui respecte et utilise les connaissances et les pratiques traditionnelles des populations locales, plutôt que d’enfermer les forêts par le biais du zonage, devrait contribuer à une gestion durable des ressources forestières.

Mots-clés
Gestion durable des ressources forestières, Populations autochtones, Chasseurs-cueilleurs, Faune sauvage, Produits forestiers non ligneux (PFNL)

2. Description du projet dont découle l’approche

2-1. Introduction

Bien qu’environ 40% de la superficie du Cameroun soit recouverte de forêts, ces dernières années ont été marquées par une détérioration et une perte du couvert forestier importantes, principalement dues à l’exploitation du bois et à l’expansion des terres agricoles et des plantations, en particulier depuis le milieu des années 1990. Depuis 1994, le gouvernement du Cameroun gère les forêts avec un système de zonage et limite l’utilisation de ces forêts en fonction de la classification des terres. D’après cette classification des terres, les forêts sont globalement divisées en forêts permanentes et non permanentes. Les forêts permanentes comprennent les forêts domaniales et les forêts communales. Les forêts domaniales sont en outre subdivisées en zones protégées et en réserves forestières, comprenant également les forêts de production. Les forêts non permanentes comprennent les forêts domaniales non classées, les forêts communautaires et les forêts privées. Cependant, certaines populations locales vivaient dans ces zones protégées avant la classification des terres et utilisaient régulièrement les produits forestiers non ligneux (PFNL) entre autres pour se nourrir, se chauffer et se soigner. Certains craignent que les restrictions strictes imposées par le gouvernement en matière d’utilisation des terres ne nuisent à leurs moyens de subsistance. Tout cela souligne la nécessité de prendre des mesures pour gérer les ressources forestières de manière plus durable grâce à une collaboration entre le gouvernement, les populations locales et les autres parties prenantes.

2-2. Détails des mesures prises

  • Une étude du potentiel des PFNL, incluant la faune, et de leur utilisation par les populations locales dans un village du sud-est du Cameroun, a été menée et a révélé ce qui suit :
    • Les populations locales (agriculteurs et chasseurs-cueilleurs) dépendent grandement des PFNL pour leur nourriture, leurs outils et leurs médicaments.
    • La part des PFNL par rapport au revenu en espèces des chasseurs-cueilleurs est d’environ 90 %. Les PFNL varient considérablement en fonction de l’année, de la saison et des espèces d’arbres, et l’accès à des forêts étendues (environ 400 km2, y compris les zones d’exploitation forestière adjacentes et les zones protégées) doit être garanti pour obtenir ces PFNL en quantité suffisante tout en évitant la surexploitation des ressources.
    • Les indices de diversité des arbres les plus élevés se trouvent dans les forêts non permanentes utilisées par les populations locales. Les interventions dans les forêts n’impliquent pas nécessairement une perte de la biodiversité et peuvent même au contraire contribuer à son maintien. Un exemple frappant est la façon dont les espèces d’arbres classées dans la catégorie des PFNL germent et poussent de manière fréquente sur des sites de campement dans les forêts.
    • L’utilisation des PFNL de type végétal ne couvre qu’un faible pourcentage de la production potentielle de la forêt. Le risque d’épuisement dû à l’utilisation est faible avec les PFNL de type végétal, mais élevé avec les PFNL de type animal comme les céphalophes rouges ou les céphalophes bleus, par exemple.
Les Baka en train d’extraire de l’huile de graines de Baillonella toxisperma sur leur site de campement (à gauche) et   plantation de Baillonella toxisperma  (à droite) (photos : JICA)

Sur la base des résultats ci-dessus, les mesures suivantes ont été mises en place :

  • Pour concevoir un modèle durable d’utilisation de la faune sauvage, des études écologiques sur les animaux utilisant principalement la méthode de piégeage par caméra, l’observation des activités de chasse par les populations locales et les indicateurs conçus pour le suivi communautaire sont en cours de réalisation.
  • Pour concevoir un modèle de production et de transformation afin d’améliorer les revenus monétaires provenant des PFNL de type végétal, des études sur la distribution des PFNL de type végétal sur les marchés nationaux et internationaux ainsi que des travaux visant à étudier le potentiel des PFNL de type végétal prometteurs et des travaux de normalisation des technologies de production et de transformation sont en cours de réalisation.

Pour proposer au gouvernement camerounais la mise en œuvre d’un modèle de gestion durable des ressources forestières incluant le modèle ci-dessus, une étude des organisations communautaires existantes, le développement des ressources humaines pour coordonner les intérêts des différents acteurs impliqués dans la gestion, et l’examen et le pilotage d’une plate-forme adaptée sont en cours de réalisation.

Tenue d’un atelier au village (photo : JICA)

(Perspectives de durabilité)

  • Il est important d’intégrer les pratiques de gestion forestière développées dans le cadre de cette approche dans les plans de gestion forestière communautaire.
  • Lorsque les PFNL sont utilisés dans des aires protégées comme les parcs nationaux, il est important que les organisations communautaires et les autorités des parcs nationaux voisins s’entendent sur l’utilisation de ces PFNL. Si cette approche est couronnée de succès, elle devrait se trouver refléter dans le plan de gestion des parcs nationaux. Il est également crucial pour les populations locales de gagner la confiance des propriétaires forestiers privés tels que les sociétés d’exploitation forestière ou les agences de voyages, afin qu’ils puissent utiliser les PFNL sans entrave.

3. Analyse de l’approche

3-1. Impacts

  • Les produits, volumes, prix et différences régionales des PFNL de type végétal commercialisés sur les marchés camerounais et à l’étranger ont été déterminés. Les produits ont ensuite été subdivisés en trois groupes :
    • Groupe d’espèces I, dont les produits sont saisonniers et dont les produits fournissent des revenus en espèces considérables, en particulier lors de bonnes récoltes
    • Groupe d’espèces II, dont les produits sont pérennes et dont les prix sont stables
    • Groupe d’espèces III, dont les produits compensent les pertes lors de mauvaises récoltes du groupe d’espèces I, ou dont les produits fournissent une source occasionnelle de revenus en espèces lorsque la valeur des produits augmentent soudainement
  • L’étude a également révélé l’existence de plusieurs PFNL de type végétal à forte valeur marchande qui étaient consommés principalement au sein des ménages de la population locale, mais qui devraient générer de nouveaux revenus monétaires.

3-2. Enseignements tirés

  • Lors d’ateliers auxquels participent diverses parties prenantes impliquées dans la gestion des ressources forestières, des conflits d’opinion sont probables en fonction des positions et des perspectives des participants. Une vision commune partagée est impérative lorsqu’il s’agit d’établir des relations de collaboration et c’est pourquoi les facilitateurs adoptant une position neutre sont nécessaires.

4. Informations pertinentes

Catégorie d’approche NbS3-6. 23
Intitulé du projet dont découle l’approcheCo-création d’une gestion innovante des ressources forestières par l’intégration des connaissances des populations autochtones et des méthodes écologiques
PaysRépublique du Cameroun
BiomeTropical
Période de mise en œuvre15 juillet 2018 – 04 juillet 2023
Organismes de mise en œuvreMinistère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (MINRESI), Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD), Université de Dschang, Université de Douala, Université de Yaoundé
Organismes de soutienAgence japonaise de coopération internationale (JICA), Agence japonaise pour la science et la technologie (JST), Centre d’études régionales africaines de l’Université de Kyoto
Rapport(s)/Outil(s)/Lignes directrices
Contributeur(s) à cet articleJunichiro MATSUMOTO/Association japonaise de technologie forestière (JAFTA)